Prieuré Notre-Dame des Champs

Prieuré Notre-Dame des Champs
Domaine de Bouchaud
13 200  Arles

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PRIEURÉ NOTRE-DAME DES CHAMPS
à BOUCHAUD (13)

Depuis 1975 des frères de la Congrégation Notre-Dame d'Espérance ont établi leur monastère au Nord de la Camargue, dans le vieux Mas de Bouchaud. Les Bouchaud de Bussy, originaires de Bretagne, étaient venus en Provence en 1471, à la suite du bon roi René, comte d'Anjou. Cette très ancienne famille arlésienne, ayant acquis le 25 septembre 1679 le petit Mas de Romieu, appartenant alors à Louis de Romieu, seigneur de Fos, en fit son domaine en lui donnant son nom.
Jalousement conservé et entretenu jusqu'à nos jours par tous les descendants d'une famille consciente du patrimoine historique qu'elle possédait, le mas de Bouchaud est demeuré l'un des nombreux survivants des grands domaines camarguais des XVIIe et XVIIIe siècles. Puis, légué à la Congrégation bénédictine de Notre-Dame d'Espérance, il devient le Prieuré Notre-Dame-des-Champs. C'est là que vit depuis presque trente ans une petite communauté de religieux suivant la règle de Saint Benoît (480-547). Héritiers des premières générations de moines chrétiens d'Occident, héritiers des bénédictins et cisterciens installés en Camargue depuis le VIlle siècle, ils perpétuent le rappel que l'existence de l'homme est destinée à la contemplation d'un Mystère.
Le mas de Bouchaud constitue un bel ensemble d'architecture classique du XVIIIe siècle, disposé dans un cadre de verdure exceptionnel. Une double allée de platanes séculaires conduit des terres du domaine jusqu'aux bâtiments.
Dès l'arrivée au mas : émerveillement devant une telle beauté végétale tout au long de l'année, bruissant d'innombrables cigales en été, feuillages d'or resplendissant au soleil d'automne, branchages dépouillés chantant comme vagues de la mer aux vents d'hiver, surgissement des bourgeons qui annoncent le printemps.
Les bâtiments implantés à l'Ouest, au Nord et à l'Est délimitent une vaste cour quadrangulaire, que les moines ont transformée en jardin d'agrément; arbres et arbustes donnent un ombrage bienfaisant, plantes grimpantes et fleurs champêtres agrémentent la façade, tandis que des aromates sont à portée de main pour les tisanes du midi et du soir.
Commençons la visite par l'Ouest. Nous découvrons tout d'abord un pittoresque local dénommé "four" comportant une très ancienne cheminée provençale, munie au-dessus du foyer d'un four à pain parfaitement conservé, il est utilisé aujourd'hui comme salle d'exposition de différents produits d'artisanat monastique.
Puis la chapelle édifiée par les soins de Jean-Baptiste de Bouchaud et dédiée à Saint-Jean-Le-Précurseur et à Saint-Pierre, l'apôtre. Celle-ci fut bénie en 1701 par le Père Guillaume de Bouchaud, frère de Jean-Baptiste, trinitaire au couvent d'Arles. La porte à encadrement classique est surmontée d'une petite niche en cul-de-four destinée à recevoir une statue de la Vierge. La coquille Saint-Jacques rappelle qu'une des routes de Compostelle passe par Arles. Dans un léger campanile de fer forgé, la cloche très ancienne qui convoquait déjà à la prière commune, la famille du comte de Bouchaud et tous ses serviteurs scandent la prière des Heures de la communauté de Notre-Dame-des-Champs six fois chaque jour. A l'intérieur de la chapelle, un retable sculpté à décor végétal est enrichi de dorures, et un tableau représentant le baptême de Jésus serait, semble-t-il, de l'école de Mignard.
En ce lieu saint, plusieurs ancêtres de la famille de Bouchaud ont été ensevelis; et là, s'est perpétuée de génération en génération, la demande à Dieu que ce mas devienne maison de prière et d'accueil pour témoigner à tous ceux de Camargue que Dieu les aime, de toujours à toujours.
Au Nord de ce premier bâtiment, se situe un portail aux magnifiques grilles de ferronnerie provençale, surmonté d'un blason malheureusement mutilé pendant la Révolution.
Au-delà du portail, se déploie comme dans bon nombre de mas de la région, un édifice d'architecture rurale. La façade Nord, donnant sur un canal d'irrigation de la Triquette comporte peu d'ouvertures comme pour mieux se protéger du mistral, et des moustiques; tandis que la façade Sud est largement ouverte sur les jardins. Des bancs de pierre, typiquement provençaux par leur construction monolithique, s'y adossent. Au-dessus de la porte d'entrée a été sculpté un masque humain, et sur le mur de l'ancien fenil un cadran solaire orné de fines arabesques.
A l'intérieur, nous pouvons admirer la vaste salle commune dont les moines ont fait aujourd'hui leur réfectoire. Elle est pourvue d'une imposante cheminée dont l'arc légèrement bombé est fermé par un claveau saillant daté de 1690. C'est une belle pièce harmonieuse, aux anciens meubles provençaux soigneusement entretenus, où la communauté prend ses repas en silence ou en musique. Sont également invités à la table des frères, les hôtes et les amis du monastère.
A l'étage, sont situées les cellules des frères ainsi que la bibliothèque et la salle capitulaire. A l'Est du bâtiment principal, avec une belle entrée à l'arc en plein cintre, s'ouvre la chapelle actuelle, car l'ancienne chapelle Saint-Jean-Baptiste était vite devenue exiguë. Il a fallu prévoir plus grand, la communauté s'augmentant et les camarguais venant se joindre aux moines pour la messe dominicale et des jours de fête.
La vaste écurie que les premiers frères ont connue encore dotée de sa calade primitive, de ses mangeoires de pierre et des râteliers où se nourrissaient les mules du comte, a été convertie en nouveau lieu de louange. Un abri provisoire avait été utilisé pour la prière conventuelle pendant plusieurs années, alors que s'effectuaient d'importants travaux de transformation et de rénovation. Ainsi, sous un crépi noirci par le temps, apparaissait un très bel appareillage de moellons. Tandis que se consolidaient les poutres séculaires du plafond et que se dallait le sol, au prix de très persévérants efforts où prière et travail étaient intimement liés, peu à peu s'édifiait le cœur nouveau du monastère. L'autel en pierre de Vers a été offert par une famille camarguaise. La Statue de "Notre-Dame-des-Champs" rappelle l'appartenance très ancienne de la famille de Bouchaud à cette confrérie mariale et, ayant donné son vocable à l'actuel prieuré, pérennise sa sainte protection sur cette terre de Camargue.
Bien que l'ancien oratoire soit toujours affecté, c'est maintenant la nouvelle chapelle qui rassemble la communauté des frères, les hôtes de passage et les chrétiens voisins du pays d'Arles et de Camargue tout au long de l'année liturgique. L'assemblée est encore plus nombreuse à l'occasion des solennités, telles que la messe de Minuit; pour la vigile pascale où, à partir de la bénédiction du feu nouveau, le cierge pascal en procession pénètre dans la chapelle avant qu'exultent les grands Alléluias de la Résurrection du Christ; d'Ascension en Assomption, de fête de Saint-Benoît en Transfiguration et Toussaint, c'est là que se célèbrent les Professions religieuses des frères, les promesses des oblats, en présence de toute la communauté et souvent du Prieur Général de la Congrégation, de la famille et des amis du nouveau profès.
Continuons notre visite comme nous y invitent les grilles toujours ouvertes du splendide portail laissant entrevoir une sorte de palmeraie... Ce jardin presque exotique est bordé dans sa partie occidentale d'une galerie (XVIIe-XVIIIe siècle) enrichie de masques humains à la clé de chaque arche, et, sur sa face Nord d'un bâtiment annexe appelé "le Théâtre". Porte et fenêtres s'ouvrent sur une terrasse ornée de deux lions de pierre. La façade comporte également un cadran solaire et aussi une petite pierre datée de 1707 et ornée d'une tête à l'antique; peut-être s'agit-il d'une marque de tâcheron ?
Cette vaste pièce était sans doute une sorte de pavillon d'été ouvert directement sur les jardins et dont les vastes dimensions expliquent peut-être le nom, car fêtes, spectacles, concerts... pouvaient à l'occasion s'y dérouler avec plus de facilités que dans les autres salles du mas. Ce bâtiment, les moines en ont fait aujourd'hui une hôtellerie où ils sont heureux d'accueillir tous ceux et celles qui désirent partager leur prière, leur silence, leur travail...
Par vocation, les moines bénédictins sont des cénobites, hommes de la communion fraternelle à l'image de la primitive Église de Jérusalem. Ils s'efforcent de suivre la Règle de leur Père Saint-Benoît, et ils y sont aidés par leur Père Prieur, "qui ne doit être ni agité, ni anxieux, ni excessif, ni obstiné, ni jaloux, ni trop soupçonneux... et qui doit tout faire avec tant de mesure que les faibles eux-mêmes ne renoncent pas à l'idéal des forts." (Règle, c.64). Saint-Benoît développe longuement les qualités nécessaires au Supérieur de la communauté (Règle, c.2): "Qu'il sache combien difficile et rude est la tâche qu'il a reçue: conduire des âmes et être au service d'un grand nombre avec leurs humeurs; avec l'un, il usera de douceur, avec l'autre de blâme, avec un troisième de persuasion, selon le caractère et l'esprit de chacun, il se conformera, s'adaptera à tous, de sorte que non seulement il n'ait pas à s'affliger de dommages subits par le troupeau qui lui est confié, mais qu'il se réjouisse de l'accroissement d'un bon troupeau."
Alors être moine, c'est humblement, dans la patience et le silence, poursuivre son chemin de conversion en grandissant dans la liberté des enfants de Dieu, en unifiant sa vie par la seule recherche de Dieu, au sein de la communion fraternelle. Le moine prie et travaille, accueille l'hôte, à travers tous les petits riens du quotidien, qui dans le silence intérieur prennent valeur d'éternité. Il vit sous le regard de Dieu, sans provisions, ni prévisions, dans une constante fidélité, veilleur à la fois solitaire et solidaire: "enveloppé dans la soie du silence une Parole est sa patrie, sa part est de veiller avec cette pesée du monde sur le cœur." (frère Gilles).
Pour l'ouvrier de Dieu, la première priorité est celle de "l'œuvre de Dieu". Prier est l'acte le plus gratuit qui soit, aussi bien en secret dans la cellule que dans la communauté, plus ou moins solennellement selon les jours.
Ici, à Bouchaud, la journée monastique commence par l'office des Laudes, - et selon une vieille tradition cistercienne, la première invocation tourne le cœur du moine vers Marie à qui il confie sa louange matinale -; elle s'achèvera à Complies par une dernière prière à la Mère de Dieu à qui il confiera le repos de la nuit. Ainsi, dès le réveil, hymnes, psaumes et cantiques de l'Ancien et du Nouveau Testament célèbrent le Seigneur, "Soleil levant venu nous visiter", comme chante Zacharie. A l'heure où s'affairent les hommes en route vers leurs multiples activités, c'est l'adoration matinale, la prière d'intercession pour le salut du monde.
L'Eucharistie quotidienne est le moment vraiment privilégié où la communauté se sent le plus intensément cellule d'Eglise, scellant l'unité entre frères et hôtes et fidèles de passage, avec l'Eglise diocésaine et au-delà, I'Eglise universelle.
Louange et intercession sont répétées plusieurs fois au long du jour, comme pour replacer la communauté en présence de Dieu et dans le service qu'il attend de chacun des frères.
"L'oisiveté est l'ennemi de l'âme, dit Saint-Benoît. Les frères doivent donc consacrer certaines heures au travail des mains et d'autres à la lecture des choses divines." (Règle, c.48)
La "lectio divina" (lecture des choses divines) est avant tout l'Écriture Sainte, l'Ancien et le Nouveau Testament, que les frères lisent et relisent chaque jour, comme pour la ruminer, pour la savourer de mieux en mieux. C'est aussi tous les commentaires des Pères de l'Eglise, et toutes les vies des saints, jusqu'aux plus contemporains, tout pouvant devenir "lectio divina", puisque Dieu parle en tout être et toute chose, et tout parle de Dieu.
Par le travail, le moine vit de ses propres ressources, communie au labeur universel des hommes, et participe à l'activité créatrice de Dieu.
"C'est alors qu'ils sont vraiment moines, quand ils vivent du travail de leurs mains; que tout se fasse pourtant avec mesure à cause des plus faibles". (Règle c.48)
A Bouchaud, le travail manuel est celui des artisans, et, osons le dire, des artistes; à l'atelier avec la peinture des icônes, les bas-reliefs, les médailles d'étain, les croix de Camargue. Les travaux réalisés en communauté sont exposés sur place, ou proposés en des expositions, grâce à la collaboration des paroisses de Provence.
C'est aussi le travail du jardin potager et du verger, la plantation de jeunes arbres, l'entretien des fleurs et des espaces verts...
C'est quoditiennement, tout le travail d'entretien nécessaire à l'ensemble de la communauté: balayage et entretien du mobilier, préparation des repas et vaisselle, lingerie et buanderie, service de l'hôtellerie, etc... et aussi les soins aux animaux, petits et grands amis, les chiens, les chats, les oiseaux, les poissons qui peuplent cette maison du Bon Dieu.
C'est, venant compléter le travail manuel, le travail intellectuel à la bibliothèque, pour la formation des jeunes postulants ou l'approfondissement des connaissances des profès.
Pour terminer, nous parlerons enfin de l'hospitalité. Au-delà d'un toit datant du XVIIIe siècle... que vient chercher l'hôte au Prieuré Notre-Dame-des-Champs ?
"Ici", dit une personne de passage, "je me sens désangoissée"... "Pax", dit la devise bénédictine. A Bouchaud, tout parle de beauté et de paix. Le cadre de beauté est indispensable aux frères malades qui y vivent en permanence, et tous les hôtes de passage en bénéficient merveilleusement. Tout parle paix, paix avec soi-même, paix avec les autres, paix avec Dieu. Dans le côte-à-côte fraternel qui est celui de la prière à la chapelle, où tous se trouvent réunis autour de l'autel pour communier au Corps et au Sang du Christ; ou de la convivialité de la table du réfectoire, dans le partage de la vaisselle ou de l'épluchage des légumes, c'est au-delà de toutes les différences, jeunes ou vieux, hommes ou femmes, religieux ou laïcs, valides ou moins valides, tout le soutien de l'amitié fraternelle.
Alors, longue serait l'énumération des hôtes de passage, chrétiens ou non-chrétiens. Depuis le routard accueilli pour la nuit, le voisin venant déposer fruits ou légumes en échangeant les dernières nouvelles locales, les hôtes de fin de semaine ou le retraitant, les mouvements ou groupes de prière se réunissant régulièrement, les familles ou les amis de longue date, les prêtres faisant silence en désert ou les jeunes en recherche de vocation... ils sont hébergés, à l'hôtellerie ou s'installent sur la grande prairie pour les vacances ensoleillées, cigales et moustiques garantis. Ils y passent quelques jours ou quelques heures comme ces touristes qui remarquent l'indication du prieuré à l'entrée du chemin et viennent visiter l'artisanat, avant d'aller contempler les flamants rosés au soleil couchant. Sans doute y rencontrent-ils des personnes, peut-être même une Personne qui les y attendait. "Tous les hôtes qui surviennent au monastère", dit Saint-Benoît, "seront reçus comme le Christ, car lui-même doit dire un jour: j'ai demandé l'hospitalité et vous m'avez reçu." (Règle, c.53)
Notre visite du mas de Bouchaud s'est achevée, mais déjà ont commencé à s'établir des liens avec le Prieuré Notre-Dame-des-Champs et ces moines pas tout à fait comme les autres...
Sans doute avons-nous pressenti que certains passages de la Règle de Saint-Benoît y prenaient un relief singulier comme ceux relatifs aux frères malades: "le soin des malades doit tout primer; on les servira vraiment comme le Christ qui a dit: J'ai été malade et vous m'avez soigné. Quant aux malades, ils considéreront qu'on les sert pour l'honneur de Dieu et ils n'attristeront pas par d'abusives exigences les frères qui les servent. Ceux-ci devront pourtant les supporter avec patience, car c'est auprès de tels malades qu'on obtient un plus grand salaire" (Règle c.36)
A Bouchaud, la majorité des frères souffrant de maladies ou de handicaps graves doivent s'astreindre à une surveillance médicale régulière, à des traitements prolongés, et parfois même à des hospitalisations.
Alors ici, plus qu'ailleurs, est essentielle « bon zèle » dont parle Saint-Benoît, c'est-à-dire que les frères se préviendront d'égards les uns les autres, supporteront avec une extrême patience leurs infirmités physiques et morales, rivaliseront d'obéissance les uns aux autres. (Règle c.72)
Il y a seize siècles, Saint-Benoît s'adressait déjà aux moines rebelles, désobéissants, orgueilleux, négligents, murmurateurs, incorrigibles, et pour eux, fondait une école du service du Seigneur. Les temps auraient-ils vraiment changé ? La miséricorde ne demeure-t-elle pas la dimension capitale pour toute communauté monastique, consistant à porter sur la misère physique et morale de ses frères le regard même du Christ.
Alors qu'importe de récolter du sel, comme les moines de Camargue au Moyen-Age, qu'importe de récolter du miel comme les moines de Notre-Dame-des-Champs au début du troisième millénaire, puisqu'il suffit d'aimer.
Père Augustin

PRIEURÉ NOTRE-DAME DES CHAMPS
Bouchaud
13200 Arles
Tél : 04 90 97 00 55