Soeur Rosalie Rendu

" Il faut qu'une fille de la Charité soit comme une borne qui est au coin d'une rue et sur laquelle tous ceux qui passent puissent se reposer et déposer les fardeaux dont ils sont chargés" Rosalie.

Soeur Rosalie est née en 1786 à Confort dans le Jura.

Avec ses parents et ses trois petites soeurs, elle mène une vie modeste.

Mais pendant la Révolution de 1789, de nombreux prêtres fidèles à l'église refusent de prêter serment à la constitution civile du clergé et doivent se cacher.

Nombre d'entre eux trouvèrent refuge dans la maison de famille des Rendu.

C'est dans ce contexte de foi et de persécution chrétienne que se forge le caractère de Soeur Rosalie.

En 1796, son père et une de ses soeurs décèdent.

La famille est bouleversée.

Quelques années plus tard, soeur Rosalie est envoyée chez les religieuse Ursulines, à Gex, pour étudier. Au cour d'une promenade, elle découvre un hôpital où travaille des filles de la Charité.

Elle n'a alors plus qu'un désir; les rejoindre.

En 1802, elle entre au noviciat à Paris. Mais après quelques mois, elle tombe malade. On l'envoie alors en convalescence à la maison des filles de la Charité du quartier Mouffetard. Elle y restera 54 ans, au service des pauvres, guerrière de la charité !

 Il faut imaginer le quartier Mouffetard à Paris en ce début du XIXéme siècle.

L'essor du libéralisme pousse de nombreux paysans à rejoindre les villes. A Paris, de 1802 à 1856, la population passe de 550 000 à près de 1 200 000 habitants! Et si l'on construit de nouveaux quartiers, les quartiers plus anciens comme celui de la rue Mouffetard sont totalement laissés à l'abandon.

Les pauvres s'y entassent, victimes de la misère et de son cortège de vices: vols, prostitution, alcoolisme...tout un univers qu'ont décrit Balzac et d'autres auteurs.

A ce sujet, Louis Mercier écrit: "C'est le quartier où habitait la populace la plus pauvre, la plus remuante et la plus indisciplinée. Une famille occupait une seule chambre, où les gravats étaient sans rideaux, où les ustensiles de cuisine roulaient avec les vases de nuit.

Les meubles en totalité ne valaient pas vingt écus, et tous les trois mois, les habitants changeaient de trou, parce qu'on les chassait, faute de payement de louer. Ce peuple était, dans ce faubourg, plus méchant, plus inflammable, plus querelleur et plus disposé à la mutinerie que dans les autres quartiers.

La police craignait de pousser à bout cette populace; on la ménageait  parce qu'elle était capable de se porter aux grands excès".

C'est donc là, en accompagnant les soeurs dans la visite des malades et des pauvres, que soeur Rosalie va faire ses armes. En 1807, soeur Rosalie fait ses voeux.

En 1815, lors de l'occupation étrangère de Paris, après la chute de Napoléon, elle est nommée Supérieur de la Maison de Bienfaisance, rue de l'Epée de Bois, dans le quartier de la rue Mouffetard.

Elle envoie ses soeurs vers les pauvres pour apporter des vivres, vêtements, des soins, une parole réconfortante.

Mais elle pressent qu'il faut donner aux personnes les moyens de subvenir à leurs propres besoins. Elle va donc lutter contre l'illettrisme.

Soeur Rosalie ouvre alors une école gratuite? Puis, un dispensaire, une crèche, un orphelinat, un patronage pour les filles, une maison pour les vieillards....Sans compter toutes les oeuvres qu'elle a soutenues, comme les Conférences de Saint Vincent de Paul initiées par Frédéric Ozanam et ses amis. Soeur Rosalie donne, donne et donne encore. "Aimez, si vous voulez qu'on vous aime, disait-elle ; Et si vous n'avez rien à donnez, donnez, donnez-vous vous même."

Des petites histoires racontées: " Un grand jour, comme on cherchait partout ses souliers pour les nettoyer, elle fut obligée d'avouer en rougissant qu'elle les avait données le matin même à une pauvre femme entrée chez elle pieds nus"

Très vite, Soeur Rosalie est en odeur de sainteté. Le tout Paris ne parle que d'elle et lui prête main forte.

De plus, les dons affluent car elle sait s'entourer d'aristocrates et de bourgeois en recherche de sanctification. "Il faut toujours avoir une main ouverte pour donner, afin de beaucoup recevoir" dit-elle.

En 1832 et en 1846, les épidémies de choléra frappent Paris de plein fouet.

Là encore, Soeur Rosalie fait preuve d'un remarquable courage. On l'a voit ramasser, elle même, les corps abandonnées dans la rue.

En 1852, Napoléon III la fait Chevalier de la Légion d'Honneur, distinction qu'elle reçoit que par obéissance. Armand de Melun précisa qu'elle ne la porta jamais et son humilité en souffrit telle muent que, pendant plusieurs jours, elle fut malade" Elle était péniblement affectée toutes les fois qu'on faisait la moindre allusion à cette faveur, qu'elle regardait comme une des plus grandes épreuves de sa vie

Le courage de soeur Rosalie est à toute épreuve. Durant les journée d'émeutes sanglantes de juillet 1830 et de février 1848, nous retrouvons notre "cornette blanche" sur les barricades, courant d'un camp à l'autre pour secourir les blessés.

Elle porte également secours à ceux qui manquent de se faire tuer. "Des émeutiers poursuivaient un officier de la Garde mobile pour le tuer. Dans sa course folle pour sauver sa vie, il se réfugia dans la maison des soeurs. Les poursuivants surexcités forcèrent l'entrée afin de récuper leur proie. Au milieu des soeurs affolées, la supérieur, Soeur Rosalie s'avança, s'interposa entre l'officier et ses ennemis, et, d'une voie forte: " On ne tue pas ici! Mais les assaillants ne voulurent rien entendre: "Laissez-nous le prendre, nous ne le tuerons pas ici mais dans la rue! " Prières, supplications ne virent pas à bout de leur résolution, de leur soif de meurtre. Alors, se jetant à genoux, Soeur Rosalie implora: " Voilà 50 ans que je vous ai consacré ma vie. Pour tout le bien que je vous ai fait, à vous, à vos femmes, à vos enfants, je vous demande la vie de cet homme!" .Et elle l'obtint.

La maison devint alors un refuge pour tous ceux qui étaient pourchassés ainsi qu'un hôpital d'urgence pour les blessés des deux camps"

Soeur Rosalie, de santé fragile, surmonte ses fièvres et ses fatigues. Mais l'absence de repos, l'âge, l'accumulation des tâches finissent par venir à bout de sa résistance physique et de sa volonté de fer. Dans les deux dernières années de sa vie, elle devient progressivement aveugle et meurt le 7 février 1856 des suites d'une courte maladie.

Paris la pleure, tous les journaux lui rendent hommage et prés de 50 000  personnes assistent à ses funérailles!

 

 

Source: Paris Notre Dame n° 1015