Noël à Madagascar

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Il y avait là une marée humaine qui déjà ceinturait harmonieusement l'Eglise du Coeur Immaculé de Marie à ANDAPA (côte Nord-Est de Madagascar). Il régnait dans la foule une ambiance de fête avec par-ci, par-là, des voix magnifiques qui déjà s'échauffaient. Ces préparatifs prévalaient une célébration où toutes les chorales de la Région, une fois réunies, entonneraient ces chants malgaches qui caractérisent si généreusement les messes dominicales. Les enfants, les femmes et les hommes étaient revêtus de leurs plus beaux habits, les mamans malgaches, attentives, avaient sans doute contribué à tout cela jusqu'aux moindres détails. Il y avait tant de couleurs et celles-ci se mariaient si bien entre elles. Chaque visage observé fraternellement révélait une expression proche du recueillement. L'entrée des paroissiens dans l'église s'était effectuée dans le calme et dans l'ordre, la douceur légendaire malgache était à son pas.

 

Dès la mise en place terminée, les chants à trois voix s'étaient rapidement élevés, remplissants toute la structure de l'église et bien au-delà encore. Tandis que toutes les mains, sans exception, battaient fortement le rythme, je m'étais dit une 1ère fois que nous allions tous l'atteindre. Mes voisines, respectivement de gauche et de droite, avaient saisi simultanément avec énergie mes mains et c'est ainsi que j'étais entré dans la ''houle'' des épaules et des têtes. A la deuxième reprise du refrain et après mémorisation j'en avais complètement oublié la fausseté de ma voix pour me retrouver dans les décibels, avec une émotion que je pouvais enfin libérer là, anonymement, au milieu de tout ce que n'avais jamais vraiment pu quitter depuis mon enfance. Et j'avais songé dans l'instant à tous nos ancêtres communs et je m'étais dit une seconde fois que nous allions tous l'atteindre. Alors lorsque dans cet immense concert à trois voix, le ton était monté de trois crans au-dessus de ce qui me semblait comme vocalement impossible, je m'étais dit une troisième fois que là nous l'avions tous atteints : ''LA VITESSE DE LA LUMIERE''.

 

La célébration avait duré trois heures ! La Vierge Pèlerine, si belle (Notre Dame de Lourdes), offerte par le Père Vicaire Général Lilian PAYET à l'Ile de la Réunion, trônait sur l'autel de l'Eglise d'Andapa à Madagascar face à un peuple en liesse. Nous étions toutes et tous en protection sous son regard maternel. Elle renforcera les missions à venir des Religieuses de la Congrégation de la Charité du Sacré Coeur de Jésus. Elle avait été offerte à notre amie, Soeur Denise, la Supérieure de la communauté.

 

A la fin de la messe et à ma grande stupéfaction, j'avais entendu notre ami le Père Vicaire Olivier HIAVRA ponctuer son discours en malgache de mon prénom et de mon nom. Alors lorsque j'ai vu, contre toute attente, toutes ces paroissiennes et tous ces paroissiens malgaches se mettre à applaudir tout en scandant à l'unisson en Français : '' Merci ! Pierre '' sous un tonnerre d'applaudissements ... Je n'avais pas pu me dérober au doigt tendu dans ma direction par le Père Olivier HIAVRA qui me sommait de me lever. Je m'étais mis debout, les jambes quelque peu en coton, et là sans réfléchir, dans l'émotion de l'instant, j'avais frappé par trois fois mon Coeur avec mon poing fermé, inclinant ma tête aux quatre points cardinaux dans l'Eglise du Coeur Immaculé de Marie, face à toutes nos soeurs et à tous nos frères malgaches. A l'issue je m'étais tourné avec eux vers le maître autel pour lever ma main droite afin de désigner le Christ Roi, celui qui ne nous a jamais abandonnés. Notre seul et véritable ''Ami'', indéfectible. Notre Seigneur qui en ce dimanche du 4 mai 2008 à Andapa, a associé tout le peuple malgache à sa Gloire !