HOMÉLIE POUR L'ENCIELEMENT D'EDMOND FRICOTEAUX

 

Homélie pour l'Encielement d'Edmond Fricoteaux  du Père Philippe Marie Mossu

                 en la Basilique Saint Denis ( 93) ( 9 NOVEMVRE 2007)

"Avance en pleine eau, avance au large":voilà la parole que Jésus a adressée à Pierre et que vous, sa famille, vous entendez aujourd'hui comme la parole qui était adréssée à celui qui nous quittait, ce 5 novembre dernier, au moment même où il vous manifestait tellement d'amour. Vous vous êtes reconnue dans cet évangile de la pêche miraculeuse. Sans doute vous souveniez vous que c'était l'évangile choisi par le pape Jean Paul II qu'il avait choisi pour ouvrir le troisième millénaire. " Duc in altrum": avance au large et jette les filets, disait Jèsus à Pierre en barque avec lui . Et après avoir pris une grosse quantité de poissons, alors que ce n'était pas du tout le moment de la pêche, Jèsus dit à Pierre affolé:"Ne crains pas, désormais, ce sont des hommes que tu prendras". C'etait toute l'Eglise qui était ainsi appelée, par le pape, à entendre cet appel: "Avance au large", qui tes amarres, va en eaux profondes, plus loin que là où tu es aujourd'hui ans aprés ans.

Et vous avez reconnu que ce même appel de Jésus, était venu chercher celui qui nous rassemble aujourd'hui et qui en même temps nous quitte, à cause de cet appel. Cet évangile maritime vous a touchés, et c'est beau parce que c'est comme cela que l'on doit lire sa vie: dans le miroir de l'Evangile. Le départ si rapide de cet homme géant, qui aura tant marqué son entourage, Edmond Fricoteaux, alors qu'il était en mer avec toute sa famille, au coeur d'une nature magnifique qui laissait deviner la beauté de Dieu vers laquelle il partait et qu'il voulait en quelque sorte laisser à la memoire de sa famille, vous voulez nous dire que ce départ était une réponse à cet appel: "Avance au large" et "Désormais ce sont des hommes que tu prendras"

Cette beauté de Dieu, c'est auprés de Marie qu' Edmond Fricoteaux l'avait découverte, comme si elle en était l'incarnation, et c'est pour cela qu'il voulait tellement qu'Elle vienne visiter la vie des hommes pour que, par Elle, ils se laissent embellir et attirer vers Dieu, et découvrir de quel amour ils sont aimés. Ce 5 novembre, fête de Sainte Elisabeth et de Saint Zacharie, ce fut pour Edmond Fricoteaux comme une vraie visitation où Marie venait l'envelopper de sa tendresse et dans sa douceur, dans la beauté prodigieuse de la nature, dans la paix, l'emmener au large de ce monde pour qu'il continue avec Elle, mais autrement, la pêche miraculeuse déjà commencée.

Avance au large, dans la beauté de la nouvelle création où tout est illuminée par l'amour de DIeu qui voit que tout est grâce. La grâce chrétienne est une beauté, une beauté interieur, celle de l'amour qui nous est donné par Jésus au coeur même de la souffrance et de la mort, amour victorieux que nous accueillons dans cette Eucharistie que nous célébrons. Nous la célébrons pour Edmond Fricoteaux, oui, mais aussi et surtout pour nous. Lui est au coeur de cette célébration, parce qu'il est entré à l'interieur même de son mystére, celui de l'attraction toute- puissante de l'amour et de la miséricorde de Jésus. C'est donc lui qui nous invite à nous laisser attirer par cet amour de Jésus dans lequel il est lui-même plongé, cet amour qui nous appelle nous aussi depuis que la Croix de Jésus a été planté sur la terre.

 Et pour Edmond, le testament de Jésus à la Croix, c'est Marie:"Voici ta mère" . Comme si Jésus voulait adapter à nous, pauvres pécheurs, tout son amour pour nous, à travers le coeur maternel de Marie, ce coeur qui est le même que le nôtre et qui connaît les mêmes épreuves que les nôtres, mais ce coeur qui sait garder l'amour de Dieu sans le diminuer et qui peut alors nous apprendre à croire en cet amour et à tout espérer de lui, malgré tout, cet amour qui a été jusqu'au bout, jusqu'à prendre sur lui toutle mal du monde, pour qu'il en soit toujours victorieux .Et le don de Marie, ce testament de Jésus est présent dans toutes les Eucharisties de l'Eglise qui ne font que nous mettre à nouveau au pied de sa Croix. C'est pourquoi, dans cette Eucharistie que nous célébrons maintenant, nous voulons recevoir Marie, comme le testament de Jésus, devenu aussi le testament d'Edmond Fricoteaux.

Avance au large ! oui, c'est vrai, le voilà au large de ce monde, au large de l'efficacité de ce monde, efficacité qu'il a connue, qu'il a pratiquée et qu'il vient d'abandonner à l'appel de son Seigneur pour une nouvelle efficacité divine, une efficacité qui ne vient  que de l'amour, comme celle qui est en Dieu, une fécondité divine, c'est à dire une efficacité faite d'abord pour aimer et aimer encore plus ceux qu'il aimait le plus , c'est à dire vous, sa famille d'un amour qui s'achève dans le coeur de Dieu, pour vous accompagner encore plus, de l'intérieur, comme un époux qui s'efface devant son epouse, au nom de Dieu, l'unique époux de l'âme; comme un père qui s'efface devant ses enfants pour être encore plus père, pour leur laisser pre,dre toute leur taille, jusqu'au bout de tout ce qu'il porte en lui . Et chacun de vous, ses enfants, à cause de ce père qui vous aime tant, vous avez appris à vous recevoir les uns les autress dans vos différences, vous respecter et vous aimer tel que vous êtes. C'est pourquoi vous avez choisi cette première lecture de Saint Paul en y reconnaissant le testament de votre père pour vous ; relisez-le souvent et reconnaissez-y la trace de la présence maternelle de Marie . Car c'est toujours la mère qui fait l'unité des enfants.

Et cette unité qui, dans l'amour, sait si bien accueillir toutes les différences, vous aussi, les petits enfants, vous devez apprendre à la vivre comme votre grand-père le voulait "Vous êtes comme les étoiles du ciel,"  vous disait-il, "une s'éteint mais le ciel continue à briller". Continuez à briller dans la générosité, dans le service, dans le dépassement de vous même, dans la vérité, dans la bonté . Vous avez cet héritage à recevoir de votre grand père et à vivre tout de suite, pour devenir des hommes et des femmes que la vérité rend libres, devenir des saints et des saintes de Dieu.

 Avance au large ! Ce n'est pas tout seul qu'il avançait dans son travail, dans ses projets et ce n'est pas tout seul qu'il avance maintenant "au large". Vous êtes FRançoise, celle qui l'a accompagné, discrète et bien présente dans une unité profonde de vue avec lui, partageant son admiration pour la beauté de Dieu, à travers la nature en particulier. C'est d'ailleurs ainsi, sans le prévoir, qu'avec lui, vous avez permis à vos enfants de vivre le départ de votre mari dans un cadre si beau et si simple où tout semblait déjà venir d'un autre monde. Vous étiez au large, apercevant à travers lui, dans cette dernière présence qu'il avait pour vous et les vôtres quelque chose de la tendresse de Dieu. Et vous avez voulu lui dire, par ce geste de l'alliance que vous repassiez à son doigt, que vous essaieriez vous même d'entrer avec lui dans cet accomplissement de l'amour qui ne peut être que dans le coeur de Dieu et de finir ce qu'il avait commencé avec vous .................

 Vous aviez aussi été témoin de sa découverte de Marie, de son amour immodéré pour elle. Et c'est elle qui, avec une grande délicatesse, avait tout préparé pour que petits et grands vivent dans la paix cette séparation pourtant si douloureuse. C'est elle qui conduissait le bateau, me disiez vous. C'etait comme une Visitation de Marie à son dévoué serviteur et à toute sa famille, cette Visitation qu'il demandait à Marie de faire comme un pèlerinage dans le coeur de tout homme.

 Avance au large!  Vous, ses amis, ses collaborateurs, vous avez été entraînés par lui et vous êtes devenus témoins de son charisme, de sa compassion, de son génie, de son enthousiasme, de sa foi, surtout pour servir l'honneur de la Sainte Vierge dont il était devenu avec Notre Dame de France, les Vierges Pélérines et Marie de Nazareth le fervent apôtre, à temps et à contre temps. C'etait aller au large de l'évangélisation que d'oser ainsi commencer par annoncer le mystère de Marie, comme Dieu lui-même avait commencé par elle pour préparer sa venue dans le monde. C'est ainsi qu'il s'est  laissé évangéliser jusqu'au bout en se laissant entraîner par Elle, comme un tout-petit qu'Il était devant Elle, pour une nouvelle évangélisation. Fière de lui, Elle est venue le chercher pour le prendre avec Elle pour une pêche miraculeuse.

Oui,"Désormais, ce sont des hommes que tu prendras".Là est la vraie fécondité d'une vie humaine, à la mesure de celle de Marie: donner Jésus au monde, le faire aimer, donner la contagion de son amour, faire découvrir sa beauté, sa bonté, sa vérité, inviter même à donner toute sa vie pour lui. Marie ne fait que conduire à Jésus. Jamais Marie ne prend la place de Jésus: elle se veut  toujours servante du Seigneur et ne conduire qu'à Lui. Edmond se faisait avec Elle serviteur du Seigneur, ou plutôt serviteur de Celle qui seule savait servir le Seigneur jusqu'au bout. Faire aimer Marie, c'est faire aimer Jésus en toute vérité, dans la foi de Celle qui gardait dans son coeur tout son mystère.

Alors à ses clients, ses amis, ses rencontres, où qu'il soit, sans complexes, il parlait de Marie. Et sa mission n'est pas terminée. A travers vous, peut être même à travers celui ou celle d'entre vous qui entendra cet appel à donner toute sa vie pour cette pêche miraculeuse qui continue dans l'Eglise, il continue d'oeuvrer, caché dans l'oeuvre même de Marie.

J'aimerais, pour terminer, vous relire le début de cette lettre du pape Jean Paul II à L'Eglise: "Au début du nouveau millénaire, alors que s'achève le grand jubilé au cours duquel nous avons célébré les deux mille ans écoulés depuis la naissance de Jésus et que s'ouvre pour l'Eglise une nouvelle étape de son chemin, dans notre coeur résonnent à nouveau les paroles par lesquelles Jésus, aprés avoir de la barque de Simon parlé aux foules, invita l'apôtre à " avancer au large" pour pêcher (luc 5, 4). Pierre et ses premiers compagnons firent confiance à la paroles du Christ et jetèrent leurs filets. "Et l'ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de poissons "

Duc in altrum! Cette parole résonne aujourd'hui pour nous et elle nous invite à faire mémoire avec gratitude du passé, à vivre avec passion le présent, à nous ouvrir avec confiance à l'avenir:" Jésus est le même, hier et aujourd'hui, il le sera à jamais (He 13, 8)

Et j'ajoute Marie avec lui.

"Je vous salue Marie, pleine de grâces, le Signeur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes et Jésus, le fruit de vos entrailles est béni.

Saintes Marie, Mére de Dieu, priez pour nous pauvres pêcheurs, maintenant et à l'heure de notre mort, ainsi soit-il"