36: Le Royaume d'Israël

Ce royaume, qui eut pour capitale Sichem d'abord et ensuite Samarie, dura environ deux siècles et demi.

Bien triste est la suite de ses rois dont les familles se succédent six fois et se remplacent au moyen de meurtres et de spoliations.

Malgré l'idolâtrie tolérée ou encouragée par les rois d'Israël, Dieu suscitait des prophètes qui luttaient contre l'impiété et contre l'injustice pour garder la religion au coeur du peuple. Les deux plus illustres des prophètes d'Israël furent Elie et son disciple Elisée.

C'est contre l'impie Achab, roi d'Israël, que se leva Elie. Les iniquités d'Achab étaient fort grandes: il avait épousé Jézabel, une païenne, et il avait protégé et imposé le culte idolâtrique que pratiquait cette femme. Tyranniser son peuple ne lui coûtait guère; un trait de son injustice est particulièrement célèbre: il voulait agrandir son palais, et, comme un homme nommé Naboth ne consentait pas à lui céder pour cela un champ qu'il possédait, Achab fit mettre l'homme à mort pour s'emparer ainsi de son morceau de terre. Elie annonça les châtiments qui puniraient de tels forfaits, et l'événement justifia les menaces du prophète: Achab périt dans une guerre contre le roi de Syrie, et les chiens léchèrent son sang, à la place même du champ de Naboth; quant à Jézabel, elle mourut de mort violente dans une sédition, et des chiens encore dévorèrent presque entièrement ses chairs sous les murailles de Samarie.

Elie était un homme de prière. Lorsqu'il quittait la cour d'Achab, aprés avoir près de lui accompli sa mission, c'était pour se retirer dans la solitude, soit seul, soit avec Elisée son disciple.

Dieu manifesta particulièrement sa protection envers le prophète en une circonstance où Elie, fuyant la colère de Jézabel, s'était réfugié au désert. Sa fatigue était extrême; exténué, le prophète s'était couché à l'ombre d'un arbre; il se mourait de faim et de soif; un ange vint vers lui, il lui présenta un pain mystérieux et une urne remplie d'une eau vivifiante; Elie prit ce pain et but cette eau que le Seigneur lui envoyait miraculeusement, et il y trouva la force de continuer sa route vers le lieu où il se dirigeait.

La façon dont cet homme extraordinaire quitta la terre fut aussi merveilleuse qu'avait été sa vie; tandis qu'il était avec Elie sur les bords du Jourdain, un tourbillon lumineux semblable à un char de feu brilla à leurs yeux. Elie y disparut subitement pour ne plus revenir.

Elisée continua l'oeuvre de son maître; lui aussi, il fut favorisé du don des miracles, comme l'avait été Elie.

C'est pendant la dernière période du royaume d'Israël que Dieu suscita le prophète Jonas pour aller prêcher la pénitence aux habitants de la ville païenne de Ninive. Jonas, résistant d'abord à l'ordre de Dieu, avait voulu fuir en un autre pays et pour cela s'était embarqué sur la mer, lorsqu'une tempête violente éclata. Il fit connaître aux passagers du vaisseau où il se trouvait que cette tempête était suscitée pour la punition de sa résistance aux ordres de Dieu, et il demanda à être jeté à la mer.

Le Seigneur permit qu'un monstre marin l'engloutît, mais qu'au troisième jour qui suivit, le prophète fût rejeté vivant sur le rivage.

Jonas obéit alors à la volonté divine et prêcha la pénitence au peuple de Ninive.

Ce miracle de Jonas était un symbole de prophétique de ce que devait être pour le Christ le tombeau où l'on enfermerait son corps après sa mort, et où il sortirait vivant au troisième jour.

La fin du royaume d'Israël, ménagée par la Providence, eut lieu sous le roi Osée, lorsque Salmanasar, roi d'Assyrie, soumit par les armes le royaume coupable.

La plus grande partie du peuple fut emmenée en captivité à Ninive et en divers lieux de l'emprire d'Assyrie. Ce qui resta d'Israël fut réduit à cultiver la terre au profit des vainqueurs.

C'est pendant à l'exil à Ninive que ce passa l'histoire touchante de Tobie, que la Bible a conservée. Tobie était un pieux Israélite, tout adonné aux oeuvres de piété et de charité envers ses frères de captivité: défendre les Hébreux contre les Assyriens, rendre service, ensevelir les morts, honorer le Dieu d'Israël, telles étaient d'ordinaire ses occupations. Dieu permit qu'il fût cruellement éprouvé, qu'il eût même le malheur de perdre la vue. Mais la Providence ne l'abandonna pas: en effet, lorsque son fils, le jeune Tobie, dut aller en une autre contrée chercher de l'argent que jadis son père avait prêté à un homme appelé Gébélus, il rencontra comme compagnon de route un jeune homme extraordinaire, un messager céleste, qui n'était autre que l'ange Raphaël, envoyé par le Seigneur, sous les apparences d'un corps mortel.

Grâce à ce guide divin, Tobie acheva heureusement son voyage, et son vieux père, au retour, recouvra miraculeusement la vue.

Toutefois, l'ange avait dissimulé son nom et laissé ignorer sa nature, jusqu'au moment où la famille de son protégé ayant voulu lui donner quelque récompense de ses services, il déclara qui il était, et comment Dieu l'avait envoyé pour récompenser la vertu de Tobie; après quoi il disparut des yeux de ceux qui avaient par lui reçu des gages si précieux de la bonté du Seigneur.