15: Joseph reconnu par ses frères

La famine sévissait sur le pays de Chanaan. Jacob, ayant ouï parler de la facilité qu'on avait de se procurer des vivres en Egypte, envoya ses fils pour acheter du blé près du ministre du Pharaon; toutefois il garda chez lui Benjamin, son plus jeune enfant.

Quand les dix hébreux arrivèrent devant Joseph, celui-ci reconnut ses frères, ceux qui jadis l'avaient vendu comme esclave. Eux ne le reconnurent point: non seulement les années avaient changé ses traits, mais les vêtements Egyptiens et la splendeur où vivait Joseph n'avaient rien de commun avec la manière dont jadis il était chez Jacob. Grande fut l'émotion de Joseph en revoyant ses frères; toutefois il ne voulut pas d'abord se faire connaître, il affecta même de ne pas parler directement avec eux, mais de se servir d'un interprètre pour leur traduire en leur propre langue l'idiome égyptien dont il se servait. Il s'enquit de leur famille, de leur père, et quand il eut appris que leur plus jeune frère, Benjamin, était vivant, il voulut le voir et leur donna ordre de retourner dans leur pays, puis de revenir le lui présenter; même, pour être plus certain que cette volonté fût exécutée, il garda près de lui, comme otage, Siméon, l'un d'entre eux.

Jacob, instruit des ordres du ministre tout-puissant du Pharaon, ne pouvait se décider à se séparer de son fils Benjamin, sur qui il avait reporté une affection que doublait l'inconsolable douleur de la perte de son Joseph. Pourtant, comme la famine durait, et comme il était nécessaire d'avoir de nouveau recours aux réserves entassées en Egypte, Jacob se décida, et Benjamin partit avec ses frères.

Tout d'abord, à cette seconde visite, Joseph soumit ses fréres à une épreuve, et il feignit de vouloir garder Benjamin comme esclave. La douleur dont tous furent alors accablés, et surtout la pensée du chagrin de Jacob leur père, produisirent une telle émotion dans le coeur de Joseph, que des larmes jaillirent de ses yeux et qu'il se fit reconnaître de ceux qui en cet instant tremblaient devant lui. Ce fut un moment de joie profonde et indicible, celui où Joseph, après avoir embrassé Benjamin, donna aux autres, à ses frères si coupables envers lui, le baiser du pardon et de la miséricorde.