La Paix , une rude tâche !

 

I. UNE RUDE TÂCHE

Une aspiration incoercible

Parvenir à la paix: c'est le résumé et le couronnement de toutes nos aspirations.

La paix, nous le pressentons, est plénitude et elle est joie. Pour la réaliser entre les pays, on multiplie les tentatives dans les échanges bilatéraux ou multilatéraux, dans les conférences internationales, et certains prennent personnellement de courageuses initiatives pour établir la paix ou écarter la menace d'une nouvelle guerre.

Une confiance ébranlée

Mais en même temps, on observe que les personnes comme les groupes n'en finissent pas de régler leurs conflits secrets ou publics. La paix serait-elle donc un idéal hors de nos prises ? Le spectacle quotidien des guerres, des tensions, des divisions sème le doute et le découragement. Des foyers de discorde et de haine semblent même attisés artificiellement par certains qui n'en font pas les frais.

Et trop souvent les gestes de paix sont dérisoirement impuissants à changer le cours des choses, quand ils ne sont pas emportés et finalement récupérés par la logique dominante de l'exploitation et de la violence.

Ici, la timidité et la difficulté des réformes nécessaires empoisonnent les relations entre les groupes humains pourtant unis par une longue ou exemplaire histoire commune; de nouvelles volontés de puissance inclinent à recourir à la contrainte du nombre ou à la force brutale pour dénouer la situation, sous le regard impuissant, parfois intéressé et complice, d'autres pays, proches ou lointains; les plus forts comme les plus faibles ne font plus confiance aux patientes procédures de la paix.

Ailleurs, la crainte d'une paix mal assurée, des impératifs militaires et politiques, des intérêts économiques et commerciaux entraînent la constitution d'arsenaux ou la vente d'armes d'une capacité effrayante de destruction: la course aux armements prévaut alors sur les grandes tâches pacifiques qui devraient unir les peuples dans une solidarité nouvelle, nourrit des conflits sporadiques mais meurtriers et accumule les menaces les plus graves. C'est vrai: à première vue, la cause de la paix souffre d'un handicap désespérant.

Des paroles de paix ...

Et pourtant, dans presque tous les discours publics, au niveau des nations ou des instances internationales, on a rarement autant parlé de paix, de détente, d'entente, de solutions raisonnables des conflits, conformes à la justice. La paix est devenue le slogan qui rassure ou veut séduire. C'est, en un sens, un fait positif : l'opinion publique des nations ne souffrirait plus que l'on fasse l'apologie de la guerre ni même que l'on prenne le risque d'une guerre offensive.

... aux convictions de paix

Mais pour relever le défi qui s'impose à toute l'humanité, face à la rude tâche de la paix, il faut plus que des paroles, sincères ou démagogiques. Notamment au niveau des hommes politiques, des milieux ou des centres dont dépendent plus ou moins directement, plus ou moins secrètement, les pas décisifs pour la paix ou au contraire le prolongement des guerres ou des situations de violence, il faut que pénètre le véritable esprit de paix.

Il faut, au minimum, que l'on consente à s'appuyer sur quelques principes élémentaires mais fermes, tels que ceux-ci.

Les affaires des hommes doivent être traitées avec humanité, et non par la violence. Les tensions, les contentieux et les conflits doivent être réglés par des négociations raisonnables, et non par la force. Les oppositions idéologiques doivent se confronter dans un climat de dialogue et de libre discussion. Les intérêts légitimes de groupes déterminés doivent aussi tenir compte des intérêts légitimes des autres groupes concernés et des exigences du bien commun supérieur. Le recours aux armes ne saurait être considéré comme l'instrument propre à solutionner les conflits. Les droits humains imprescriptibles doivent être sauvegardés en toute circonstance.

Il n'est pas permis de tuer pour imposer une solution.

Ces principes d'humanité, chaque homme de bonne volonté peut les retrouver dans sa propre conscience. Ils correspondent à la volonté de Dieu sur les hommes. Pour qu'ils deviennent des convictions chez les puissants et chez les faibles, et qu'ils imprègnent toute l'action, il faut leur redonner toute leur force. Il y faut, à tous les niveaux, une patiente et longue éducation.

Jean Pau II , Le 1 er janvier 1979